HANOUNA

Voleurs d’âmes (Eclair bleu sur le sentier de Lique Ser)

mardi 17 décembre 2013 par hanougabel

Un voyage dans la réalité humaine

Sur fond de secret familial, quatre générations évoluent, quatre générations de femmes, notamment.

De manière à la fois romancée et lucide, l’auteur décrit la vie dans une communauté protestante des Cévennes, rigide et repliée sur elle-même ; l’engagement missionnaire d’une famille au Congo, en un temps de guerre civile ; la soumission, puis la révolte, d’une jeune femme sous l‘emprise d’un tyran pervers narcissique, « gourou » de la secte dans laquelle elle s’est engagée ; les tourments douloureux d’une jeune fille hantée par des visions… Tous les ingrédients pour une « libération », lorsque la chenille devient papillon, et que se lève le voile du secret…

Un voyage dans la réalité humaine

Il est difficile de caractériser ce 4ème ouvrage, et premier roman de Liliane Gabel. Roman, certes, mais également réflexion sur l’existence, à travers les tableaux de vie qu’elle présente, et les parcours humains dont elle expose les mécanismes, sans aucun jugement de valeur. Malgré ses côtés sombres, ce livre est un cri d’espérance, tout juste exprimé, comme si les sons manquaient soudain. Roman, certes, et plus précisément saga familiale, mais aussi livre-témoignage dans lequel l’auteur évoque, avec un réalisme non dénué de tendresse, divers aspects de son itinéraire. Peut-être pourrait-on parler d’une "autographie" romancée ?

Extraits :

" ... ils passaient parfois de l’autre côté de la rivière Kwilu, avec le bac de fortune. C’est ainsi qu’ils furent témoins de la maladresse d’un chauffeur. Une camionnette venait de les dépasser en trombe, accélérant au moment où elle atteignait le bord de la berge. Tous trois retinrent leur respiration, croyant au miracle, mais les deux roues avant, comme hésitantes au-dessus de l’eau, basculèrent finalement, suivies des deux autres, dans une grande gerbe composée de milliers de gouttes d’eau furieuses d’être ainsi dérangées ! Le bonhomme qui conduisait sortit la tête par la vitre, tout étonné puis se décida, au bout d’un moment si long qu’il parut éternité, à dégager les épaules, le tronc, puis les jambes, tandis que son véhicule s’enfonçait dans l’eau tourmentée. Il allait monter dans une barque qui s’était approchée, lorsque, soudain, comme pris de remords, il replongea, se glissa dans sa camionnette, et au son des glouglou frénétiques, ressortit avec une pochette, ses papiers sans doute, et monta à nouveau dans la barque qui le ramena sur la rive. À peine avait-il rejoint la terre ferme sous les applaudissements, que tous les témoins se mirent à rire, soulagés, y compris l’homme rescapé. Pourtant de son engin, seules quelques bulles prouvaient sa présence. Muriel entendit son père murmurer à l’oreille d’Amélie que le chauffeur avait fait exprès de faire tomber son camion car il cachait un cadavre dans son coffre. Malgré le clin d’oeil, la petite fille n’en menait pas large, surtout que Maxime fit mine d’être exagérément prudent pour amener leur voiture sur le bac.Amélie finit par le sermonner, devant l’air peu rassuré de sa fille. " " Muriel trouva bien jolie la petite maison verte qui les accueillit. Elle se dressait entre deux autres, dans la parcelle, ou plutôt, l’immense parc de la mission, où manguiers, papayers,goyaviers, citronniers, mandariniers, orangers, pamplemoussiers se côtoyaient. Et Muriel découvrit que les ananas ne poussaient pas sur un arbre ! "

" Les jours passaient, certains moins supportables que d’autres, la malaria retenant alors Muriel au lit, affaiblie par les vomissements et la dysenterie, parfois une semaine durant. Les moustiques étaient certes responsables. Ce n’étaient pas les seules bestioles à perturber la quiétude de la maison. Les araignées s’en donnaient à coeur joie, inoffensives, ou presque. Plus effrayantes qu’agressives. Ainsi, un soir, la petite fille crut-elle que son père lui avait fait une blague. Alors qu’elle tentait d’enfiler sa pantoufle, une sorte de boule de papier gêna son pied qu’elle retira aussitôt. Son geste fut suivi de l’apparition d’une araignée nue aux longues pattes fines, si grosse que la petite fille se mit à hurler, tant elle fut aussi effrayée que surprise. Maxime, accouru sur ces entrefaites, n’en mena pas large non plus. Il grimpa sur le lit de sa fille, et ainsi protégé du danger, poursuivit la bête à coups de savate ! Mais l’araignée, profitant de la faculté magique qui lui permettait de s’aplatir au gré des attaques, continuait sa course effrénée vers le salut, à une rapidité déconcertante. Elle disparut,saine et sauve. Muriel émit l’idée que la bestiole pourrait revenir la nuit, pour se venger. Maxime dut la rassurer. Les boites de conserves emplies d’eau et de pétrole, qu’il avait placées au pied de chaque lit, empêcheraient araignées, fourmis et autres bestioles de s’y aventurer. "

" Ce qui la réjouissait, c’est qu’en venant habiter le “plateau”, elle s’était rapprochée de Malola, qui pouvait désormais venir la voir plus facilement, et l’inviter chez elle. Amélie et Maxime n’avaient désormais aucune raison de refuser à leur fille de se rendre chez son amie. À peine avait-elle pénétré dans le “village”, qu’une agréable odeur de cuisine éveilla l’appétit de la petite fille. Devant chaque case, un feu, des bassines en émail blanc décoré de grosses fleurs de toutes les couleurs, et des femmes qui pilaient le manioc dans les grands mortiers. Lorsqu’elle fut proche de la case de Malola, des enfants l’accueillirent en criant “mundele, mundele”. Au moins, pensa Muriel, ils ne la traitaient pas de marocaine, comme à l’école. Ce fut une superbe journée. La boule de manioc accompagnée de gombos, ces légumes verts et gluants, et de poulet aux arachides, étaient une délicieuse découverte, qu’elle apprécia, plus que les chikwangues, que la cousine de son amie avait un jour apportés de Léopoldville. "


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